LE FLEUVE QUI FERA DÉBORDER L’OCEAN [VIF]

andre-ermolaev-photographe-13

Il neige dehors, le ciel est gris et la ville est laide. La mascarade présidentielle bat son plein et la politique est une nouvelle fois, plus que jamais, réduite au cirque électoral, à ses partis, ses investitures, ses slogans pétés, ses petites phrases malsaines et ses foules artificielles. La politique est pourtant bien plus que ces choses que l’on imagine spontanément, bien plus que la seule oligarchie politicienne, par ailleurs représentative d’une république qui meurt à force de se dire démocratique sans l’être. Dépassant de loin cette sphère particulière, la politique est présente tous les jours et à chaque instant, partout où il y a du pouvoir, de l’asymétrie, de la violence physique ou symbolique : dans la rue, dans l’entreprise, dans l’institution scolaire, dans les médias, dans la famille.

C’est elle qui permet de faire le lien entre les affaires Fillon, et la torture de Théo, la mort d’Adama et de tant d’autres. Car une même logique est ici à l’œuvre : celle, que certain ont pensé voir disparaître, des classes sociales, c’est-à-dire d’un rapport social fondamentalement asymétrique, politiquement et économiquement. Tandis que la justice se montre systématiquement complaisante envers les policiers dans les 15 à 20 décès par an liés aux violences policières, Fillon se maintient candidat et ne sera probablement jamais véritablement inquiété par la justice française. Pire, il ne sera pas jugé pour ses vrais crimes, liés notamment aux plans d’austérité mis en place par son gouvernement et qui ont pour effet, derrière la logique comptable, de dégrader les conditions de vie de millions de personnes et de provoquer, parfois, la mort de certaines d’entre elles.

Kery James s’adresse aux « racailles » dominantes : « entre vous et la rue, il n’y a plus que les CRS ». Sans être tout à fait réaliste, cette punchline n’en indique pas moins quelque chose de juste : cette régulation répressive du conflit de classe implique que l’ordre stato-capitaliste soit à bout de souffle. Alors si la politique est partout, souvent mais non exclusivement liée au rapport entre dominants et dominés, il faut la retourner contre les premiers et contre les structures qu’ils portent et qui les portent. Il nous faut nous mobiliser sans relâche pour faire parler l’horizontalité ; autant que possible, en sachant que si l’idéal est inatteignable, le présent en est trop loin pour rester indifférent et donc immobile. Soyons le fleuve qui fera déborder l’océan, ici et maintenant.

SB

Illustration: Andre Ermolaev

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s